Immortels

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Il est rare que mes pas m’emmènent au cimetière, il faut une raison profonde, sinon c’est avec bonheur que j’y envoie les autres. Les cimetières sont pour moi des lieux glauques, et je vois des dizaines de corps couchés sous la terre, mon imagination me perdra.  Les fleurs deviennent,  symbole de mort, et leur parfum devient l’odeur du cimetière, c’est une idée que je n’aime pas.  Dans ce cimetière là, les miens sont couchés, ils reposent sous des pierres taillées, et certains sur les pierres, car chez nous beaucoup refusent d’être enterrés, ils ne veulent pas être piétinés. Mais il est joli ce cimetière, sous les grands cyprès la vue y est magnifique.

Entretenir une tombe, n’est pas pour moi, une priorité, le jardin de mémoire que je cultive est plutôt ailleurs, dans les arbres que mon père ou mon grand père a planté, dans ce fauteuil où ma grand mère crochetait, dans ce pré où nous jouions ma soeur et moi.

Je passe de tombe en tombe, les noms ce sont effacés, quelques dates à peine déchiffrées me racontent l’histoire de notre pays, la guerre de 14, où Saturnin est mort pour la France, la grippe espagnole et ses ravages, ces mortalités infantiles d’une époque que nous pensons révolue.

Je marche le long des allées, les immortelles ont envahi l’espace, saviez vous que l’immortelle était la fleur préférée de Gala, symbole d’un amour éternel pour Dali. Là, elles dispensent leur odeur douceâtre et dérangeante, écrasées par la quarantaine de degrés d’une après midi provençale, elles puent.

Je regarde les pierres, rongées par les vents violents et les orages de Provence, usées par les saisons et les siècles, descellées par le temps. Pierres brisées, croix tombées ou penchés. Amour d’une vie disparu, chagrin inhumain d’une mère.  Sépultures de ceux qui n’avait pas droit de cité dans cette enceinte chrétienne, et à qui l’extension du cimetière a rendu l’honneur et l’oecuménisme qui faisaient tant défaut dans le passé, les guerres de religions ce n’est pas si vieux.

Certaines tombes ont perdu à jamais l’identité de ceux qui y reposent …

Raoul Mille a dit « Pendant des années, je ne suis pas allé au cimetière, pas même le 1er novembre, par révolte contre cette célébration du néant »

Et si faute du néant, cétait l’immortalité du souvenir, et s’il suffisait que quelqu’un se souvienne pour que quelque part dans un autre espace temps, eux aussi se souviennent ?

Je préfère l’immortalité à l’éternité, et  je ne veux pas cultiver le néant. C’est pour ça que de temps en temps, je vais m’asseoir sur vos tombes pour discuter avec vous.

 

 

 

3 Responses

  1. corinne74

    merci pour cette très jolie et reposante balade…. contrairement à vous, j’aime infiniment me promener, musarder dans les cimetières….
    corinne74

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