Le troquet

Classé dans : 365 petits riens | 0

C’est tôt, c’est l’heure du premier café avant d’aller travailler, en ce moment j’ai presque 3/4 d’heure d’avance, je laisse ma fille au collège et je file sur la grande ville, ainsi je prends le temps de m’attarder au café. Il pleut, l’odeur du bitume mouillé me ramène plus de 20 ans en arrière. Rue Saint Do, Paris, le café en face mon bureau, la halte des grands messieurs de l’Assemblée Nationale, ça chuchote au comptoir dans des costumes qui valent 10 mois de mon salaire, le pli des pantalons tombent sur leurs Church en un drapé parfait de Prince de Galles ou de Flanelle, les cravates parfaitement ajustées,  les chemises Oxford, ça sent l’eau de parfum de luxe et le tabac blond,  les journaux ne sont pas la Provence, mais le Parisien,  le Monde, le Figaro, Libé ou le Canard. D’être dans ce café si tôt me ramène des années en arrière, ici aussi c’est feutré, encore plus qu’à Paris, c’est doux et calme, le chaussures ne sont pas des Church à 800 euros la paire, 800 euros ici c’est un salaire mensuel ou même moins quelquefois. Quelqu’un demande à baisser le son de BFM, encore ensommeillé, il lit le journal et se navre des inondations de l’Aude. On termine un peu nos nuits sur les canapés et fauteuils club en buvant nos cafés. Le patron est gentil et souriant comme d’habitude, je croise un monsieur que j’accompagne, il me fait un grand geste  pour me saluer et je suis heureuse. Je me demande pourquoi une de mes vies antérieures a refait surface ainsi, je ne sais  vraiment pas pourquoi, le temps, la pénombre, l’odeur du café, la ville qui s’éveille  … une heure après … un nouveau gouvernement est annoncé, ça doit piailler bien fort dans le café de l’Assemblée …

Le Château des Aigles

Classé dans : 365 petits riens | 2

Au détour d’un rond point, on tombe sur cette étrange construction, qui n’est ni vieille, ni jeune, juste un délire du propriétaire qui parait-il construit envers et contre tous, des extensions quand il en a envie. Après y être passée trois fois devant, je m’y suis arrêtée, je ne pouvais m’en empêcher. J’ai demandé aux passants : De quand date cette maison ? On m’a répondu : Ce n’est pas si vieux. Qui l’a construit ? Le mari de la propriétaire … j’ai même en cherchant sur internet trouvé des appartements à louer. Je suis tombée en amour pour cette maison totalement atypique, improbable en cet endroit, et certainement intemporelle, imaginée par un Facteur Cheval de notre temps. Pour moi c’est de l’art, même si certain on tendance à mépriser les Aigles qui toisent les passants. Comment pourrait-on ne pas être ému, par cette construction hors norme qui doit faire se hérisser d’angoisse n’importe quel architecte conseil. J’y vois, le travail d’une vie effectué par un bâtisseur hors du commun, un rêveur, un maçon un peu fou,  un homme libre, un homme qui plantait des orangers.

Il y a des gens qui au milieu de la tourmente poursuivent leurs rêves.

 

Vent d’Est

Classé dans : 365 petits riens | 2

 

Marin un jour, marin pour toujours, il suffit de peu pour que mon âme redevienne bleue, ou grise ou verte selon les humeurs des flots. J’ai glané sur la plage des trésors infimes,  mon esprit s’envole, mes rêves s’entrechoquent, je rêve d’histoires d’amours, de capitaine aux longs cours, de départs, de retours, d’îles lointaines ou si proches, du goût du sel sur mes lèvres, je rêve en marchant dans la tempête, une téméraire se baigne, des enfants courent ou se balancent en regardant l’horizon, j’évite les vagues et respire les embruns, j’y suis heureuse. Dans mes jeux imaginaires,  je tresse des colliers de posidonie, je crée des parures de coquillages pour des reines aux pieds nus, je tricote des pelotes d’algues,  j’invente le destin funeste des bois flottés, usés et taraudés par les  remous. Fait il froid ? Je ne sais pas, le vent d’Est souffle en un tourbillon incessant, le début d’un cyclone ou la queue d’une tornade, on ne sait plus très bien, d’énormes esquifs mouillent au large, il ne prendront pas la mer, pour l’Orient, pour là bas où le pétrole coule à flot, pour le pays des mille songes. Mille étoiles brillent dans le sable, perles de quartz et de micas, oraison funèbre pour les poissons et coquilles mourants,  J’entre dans le café qui domine la grève, le maître des vents nous y accueille, il souffle doucement sur ces doigts, on s’y restaure, on s’y réchauffe, mais je m’enfuis laissant à table les frileux, je retourne à la grève, irrépréhensible besoin d’y courir, je suis la coureuse des grèves, je suis libre, je suis la glaneuse de rivages, je cultive les algues, je prends soin des poissons, j’affronte la houle, car  je suis avant d’être un marin, jardinière de la mer. Amiral, la mer me manque, mais vous le saviez déjà.

Et puis ce bruit des vagues qui couvrent tous les bruits sans que nous en soyons conscients, il éteint tous les sons, comme il peut effacer tous chagrins d’une vie.

L’entendez vous.

 

J’aime la musique des vagues,  la partition du vent, qui jouant dans les filins des bateaux compose une symphonie irréelle, j’aime le chant des mats.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Vent d’Est

Une publication partagée par La Bastidane, l’Authentique (@labastidane) le


 

 

Rouge comme le soleil couchant

Classé dans : 365 petits riens | 1

A Sainte Marie les Mines, j’ai eu envie de rouge, en visitant l’exposition de Rhinetex, envie de rouge et blanc, comme avant. Pas si facile à travailler, quand on passe sa vie dans le beige et le nacré, mais bon, je ne désespère pas qu’un jour, je ferai un magnifique patch classique, rouge et blanc, même si j’ai une tonne de blocs en Redwork à monter, et vous quels sont vos blocs traditionnels préférés ?

 

Rouge
Comme un soleil couchant
De Méditerranée,
Rouge
Comme le vin de Bordeaux
Dans ma tête étoilée,
Rouge
Comme le sang de Rimbaud
Coulant sur un cahier,
Rouge
Comme la mer qui recouvre
Le désert de Judée.

 

Ciels d’octobre

Classé dans : Al Ain | 12

Presque une année que le ciel s’est abattu sur nos têtes, presque an, et puis déjà 9 mois de travaux et aussi un appareil photo qui faisait des siennes, un ordinateur bien mal à point, un téléphone vacillant et puis la volonté et la motivation, elle aussi guère brillante. Et enfin cette semaine, ma fille, piquant mon téléphone chaque matin pour faire des photos, pendant que la conduisais au collège, s’émerveillant du lever du jour me disant « maman il faut en profiter avant le changement d’heure ». Alors je me suis dit que c’était peut être le moment de reprendre les petits riens quotidiennement,  de collectionner chaque instant merveilleux qui s’offrent à moi, don de ce ciel où quelques étoiles de plus brillent, et puis peut être aussi le moment de reprendre mes aiguilles même si l’atelier n’est pas tout à fait fini, parce que c’est là que naîtront les improbables, ces improbables qui tambourinent fort pour venir au monde. Voulez vous bien que je revienne ?

Parce qu’il nous fallait fêter Halloween

Classé dans : 365 petits riens | 4

 

Parce qu’il fallait tout simplement le préparer, creuser les citrouilles et les potimarons, éclairer le chemin, préparer la table et attendre que les petites sorcières nous demandent des bonbons. Parce que c’était prévu, parce que c’est ainsi. Parce qu’on l’avait promis.

Parce que c’est le soir où la frontière est si fragile entre les vivants et les morts que ce soir là, on peut arriver à communiquer avec eux.

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

A ma soeur

Classé dans : 365 petits riens | 24

 

Ce matin, je suis allée voir le lever du soleil pour toi.

Les petits riens ont toujours été photographiés pour toi, parce que je savais que chaque matin avant de commencer tes consultations tu les regardais, tu profitais de ta Provence et des chevaux, toi perdue là bas dans cette immense Bretagne. Je sais que tu venais chaque jour, et que tu partageais ces petits moments avec ta secrétaire et même tes patients, tu leur montrais mes ouvrages comme des trésors précieux, les photos du Luberon comme un Eden perdu.

Ce matin, j’ai fait un café à l’aube, parce pour ça nous nous ressemblions beaucoup, nous nous levions toujours très tôt et je l’ai partagé avec toi.

Enfants,  la nuit, nous discutions ensemble en dormant, nous chantions même, nous partagions les mêmes rêves, mais seulement dans notre sommeil,  pour mieux nous battre une fois réveillées, des soeurs qui ne se disputent pas, ne sont pas des soeurs. La vie nous a séparées,  géographiquement quand tu étais d’un côté du monde, j’étais de l’autre.

Major de ta promo, tu as été un excellent médecin militaire, et un merveilleux généraliste. Tes combats étaient également les miens, harcèlement, exploitation  … tu soignais les gens fatigués, les gens à bout, les êtres oubliés, les gens déglingués par l’horreur du monde, les esseulés et les sans grade, ceux qui n’espéraient plus rien, tu me soignais également.

 

Nous nous appelions de bureau à bureau, sans que vraiment personne ne le sache, un secret entre nous, tu m’as expliqué les méandres psychologiques des chocs post-traumatiques, des bascules, de tout ce qu’un être en mission peut subir. Et je comprenais et ça m’aidait. Tu me parlais de tes enfants, je te parlais des miens. Et nous nous marrions ensemble de cette fameuse principauté instaurée au sein même de la République, avec ses règles, ses lois que nous avions un peu du mal à suivre, que nous n’arrivions absolument pas à suivre, libres et pieds nus dans nos rangers, nous étions.

Ton caractère éprouvant nous épuisait un peu plus chaque jour, nous te surnommions la marée, se demandant sur quelle amplitude tu serais au moment où nous te parlerions,  jusqu’à ce qu’on apprenne qu’une salope te rongeait le cerveau.  A ta première opération, un petit mot sur ton répondeur, t’excusait de ne pas avoir été vraiment toi même durant tant de temps.

Tu t’es battue 6 ans, en ne voulant pas accepter le verdict irrémédiable, opérations sur opérations, chimio sur chimio, rayons sur rayons, avec pour seul but, de n’inquiéter personne, et de combattre et de travailler  jusqu’au bout.

Je savais que ton espérance de vie ne serait pas très grande. Je savais que l’astrocytome, cette salope au si joli nom, allait s’étoiler inlassablement dans ta tête.  Et lorsque tu es venue il y a aujourd’hui 5 mois, pour vivre avec nous, je savais que c’était pour mourir chez toi, tu t’es couchée pour ne plus te relever.

On a fait les clowns, on a déconné tant et plus, on a tout essayé pour se convaincre que ce n’était pas les derniers moments, on s’est empiffré de pizzas et de bonbons Haribo, la salope te paralysait chaque jour un peu plus. Nous te faisions si mal, à chaque geste banal et pourtant si douloureux, tes os fragilisés et cassants par des années de traitements.

Tu nous parlais, tu étais fière de tes neveux et nièces, tu étais rassurée que tes enfants soient devenus autonomes, tu me disais que notre frère était fort, mon mari fantastique. Tu attendais chaque jour courageusement en nous rassurant à chaque fois, alors que tu savais très bien qu’elle s’infiltrait partout.

Tu aimais voir les juments de ta fenêtre faire les folles dans le champ. Toi pour qui le cheval était une passion.

Tes derniers mots conscients ont été « On y va ? », « On a bien rigolé, hein ? »

Oui Marie, on a bien rigolé, et je me souviens de cette photo de Noël, où je te tiens solidement dans mes bras, tu dois avoir deux ans, j’en ai trois de plus,  j’avais si peur de te faire tomber et nous ne t’avons pas laisser tomber jusqu’au bout.

Je veux croire que tu es aujourd’hui auprès des enfants perdus ceux d’Afrique et d’ailleurs et que tu t’occupes d’eux, comme tu t’es occupée d’eux de ton vivant. Tu as été une femme formidable, une mère fantastique, un médecin fabuleux.

L’automne est là, ce matin, j’ai essayé de regarder pour toi les dernières fleurs d’un été qui se voudrait éternel, la campagne a mis ses vêtements de mélancolie, au coeur de la brume matinale, j’ai regardé les étourneaux … l’hiver va être difficile sans toi, je suis amputée à jamais.

On prépare Halloween, le Samhain plutôt, tout doucement, ce moment où les portes s’ouvrent sur l’autre monde, ce moment si fragile, où les vivants assurent l’hospitalité aux âmes de leurs disparus et honorent leurs ancêtres, dis leurs à tous qu’ils nous manquent.

Dans le jardin, ou du moins ce qu’il en reste après 6 mois de sécheresse, un oiseau a laissé quelques plumes sur une branche à moins que ce ne soit un ange, ou ton chat qui a fait un petit déjeuner (Black Jack reste avec nous, c’est promis, il nous a adoptés), peut être que quelques improbables vont naître ici juste pour continuer ta mission, et les petits riens continueront pour toi et pour tous ceux qui en ont besoin.

Est ce que tu as vu ? Une dernière rose trémière a fleuri sur un branche sèche.

Que Saint Luc te protège … ce qui nous a séparé de ton vivant, ne pourra plus nous séparer, tu vis en nous.

 

Le Premier Maitre te présente ses respects, Madame le Médecin en Chef.

 

Ta soeur qui sera éternellement plus vieille que toi.

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Les Moires, les fileuses du destin

Classé dans : 365 petits riens | 10

 

Elles sont là les trois soeurs, tissant les destinées, de fils fins et fragiles, elles décident du jour où elles couperont le fil, c’est Clotho qui fabrique le fil, c’est Lachésis qui le déroule et le dépose sur le fuseau, elle noue et dénoue les destins, et c’est Atropos l’implacable qui impitoyablement coupe le fil.  Dans leur palais les destinées humaines sont gravées et telles les toiles d’Arachné punie par la jalouse Athéna, elles se coupent et se recoupent sur l’airain et rien ne peut les effacer, rien ne peut changer le destin. Elles tiennent les fils mystérieux, symboles de nos vies.

Et c’est dans le soleil perçant la brume que je leurs pose la question, quand ?

 

 

 

Les petits riens se mettent en retrait pour quelques temps, à très bientôt.