A ma soeur

Classé dans : 365 petits riens | 24

 

Ce matin, je suis allée voir le lever du soleil pour toi.

Les petits riens ont toujours été photographiés pour toi, parce que je savais que chaque matin avant de commencer tes consultations tu les regardais, tu profitais de ta Provence et des chevaux, toi perdue là bas dans cette immense Bretagne. Je sais que tu venais chaque jour, et que tu partageais ces petits moments avec ta secrétaire et même tes patients, tu leur montrais mes ouvrages comme des trésors précieux, les photos du Luberon comme un Eden perdu.

Ce matin, j’ai fait un café à l’aube, parce pour ça nous nous ressemblions beaucoup, nous nous levions toujours très tôt et je l’ai partagé avec toi.

Enfants,  la nuit, nous discutions ensemble en dormant, nous chantions même, nous partagions les mêmes rêves, mais seulement dans notre sommeil,  pour mieux nous battre une fois réveillées, des soeurs qui ne se disputent pas, ne sont pas des soeurs. La vie nous a séparées,  géographiquement quand tu étais d’un côté du monde, j’étais de l’autre.

Major de ta promo, tu as été un excellent médecin militaire, et un merveilleux généraliste. Tes combats étaient également les miens, harcèlement, exploitation  … tu soignais les gens fatigués, les gens à bout, les êtres oubliés, les gens déglingués par l’horreur du monde, les esseulés et les sans grade, ceux qui n’espéraient plus rien, tu me soignais également.

 

Nous nous appelions de bureau à bureau, sans que vraiment personne ne le sache, un secret entre nous, tu m’as expliqué les méandres psychologiques des chocs post-traumatiques, des bascules, de tout ce qu’un être en mission peut subir. Et je comprenais et ça m’aidait. Tu me parlais de tes enfants, je te parlais des miens. Et nous nous marrions ensemble de cette fameuse principauté instaurée au sein même de la République, avec ses règles, ses lois que nous avions un peu du mal à suivre, que nous n’arrivions absolument pas à suivre, libres et pieds nus dans nos rangers, nous étions.

Ton caractère éprouvant nous épuisait un peu plus chaque jour, nous te surnommions la marée, se demandant sur quelle amplitude tu serais au moment où nous te parlerions,  jusqu’à ce qu’on apprenne qu’une salope te rongeait le cerveau.  A ta première opération, un petit mot sur ton répondeur, t’excusait de ne pas avoir été vraiment toi même durant tant de temps.

Tu t’es battue 6 ans, en ne voulant pas accepter le verdict irrémédiable, opérations sur opérations, chimio sur chimio, rayons sur rayons, avec pour seul but, de n’inquiéter personne, et de combattre et de travailler  jusqu’au bout.

Je savais que ton espérance de vie ne serait pas très grande. Je savais que l’astrocytome, cette salope au si joli nom, allait s’étoiler inlassablement dans ta tête.  Et lorsque tu es venue il y a aujourd’hui 5 mois, pour vivre avec nous, je savais que c’était pour mourir chez toi, tu t’es couchée pour ne plus te relever.

On a fait les clowns, on a déconné tant et plus, on a tout essayé pour se convaincre que ce n’était pas les derniers moments, on s’est empiffré de pizzas et de bonbons Haribo, la salope te paralysait chaque jour un peu plus. Nous te faisions si mal, à chaque geste banal et pourtant si douloureux, tes os fragilisés et cassants par des années de traitements.

Tu nous parlais, tu étais fière de tes neveux et nièces, tu étais rassurée que tes enfants soient devenus autonomes, tu me disais que notre frère était fort, mon mari fantastique. Tu attendais chaque jour courageusement en nous rassurant à chaque fois, alors que tu savais très bien qu’elle s’infiltrait partout.

Tu aimais voir les juments de ta fenêtre faire les folles dans le champ. Toi pour qui le cheval était une passion.

Tes derniers mots conscients ont été « On y va ? », « On a bien rigolé, hein ? »

Oui Marie, on a bien rigolé, et je me souviens de cette photo de Noël, où je te tiens solidement dans mes bras, tu dois avoir deux ans, j’en ai trois de plus,  j’avais si peur de te faire tomber et nous ne t’avons pas laisser tomber jusqu’au bout.

Je veux croire que tu es aujourd’hui auprès des enfants perdus ceux d’Afrique et d’ailleurs et que tu t’occupes d’eux, comme tu t’es occupée d’eux de ton vivant. Tu as été une femme formidable, une mère fantastique, un médecin fabuleux.

L’automne est là, ce matin, j’ai essayé de regarder pour toi les dernières fleurs d’un été qui se voudrait éternel, la campagne a mis ses vêtements de mélancolie, au coeur de la brume matinale, j’ai regardé les étourneaux … l’hiver va être difficile sans toi, je suis amputée à jamais.

On prépare Halloween, le Samhain plutôt, tout doucement, ce moment où les portes s’ouvrent sur l’autre monde, ce moment si fragile, où les vivants assurent l’hospitalité aux âmes de leurs disparus et honorent leurs ancêtres, dis leurs à tous qu’ils nous manquent.

Dans le jardin, ou du moins ce qu’il en reste après 6 mois de sécheresse, un oiseau a laissé quelques plumes sur une branche à moins que ce ne soit un ange, ou ton chat qui a fait un petit déjeuner (Black Jack reste avec nous, c’est promis, il nous a adoptés), peut être que quelques improbables vont naître ici juste pour continuer ta mission, et les petits riens continueront pour toi et pour tous ceux qui en ont besoin.

Est ce que tu as vu ? Une dernière rose trémière a fleuri sur un branche sèche.

Que Saint Luc te protège … ce qui nous a séparé de ton vivant, ne pourra plus nous séparer, tu vis en nous.

 

Le Premier Maitre te présente ses respects, Madame le Médecin en Chef.

 

Ta soeur qui sera éternellement plus vieille que toi.

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Les Moires, les fileuses du destin

Classé dans : 365 petits riens | 10

 

Elles sont là les trois soeurs, tissant les destinées, de fils fins et fragiles, elles décident du jour où elles couperont le fil, c’est Clotho qui fabrique le fil, c’est Lachésis qui le déroule et le dépose sur le fuseau, elle noue et dénoue les destins, et c’est Atropos l’implacable qui impitoyablement coupe le fil.  Dans leur palais les destinées humaines sont gravées et telles les toiles d’Arachné punie par la jalouse Athéna, elles se coupent et se recoupent sur l’airain et rien ne peut les effacer, rien ne peut changer le destin. Elles tiennent les fils mystérieux, symboles de nos vies.

Et c’est dans le soleil perçant la brume que je leurs pose la question, quand ?

 

 

 

Les petits riens se mettent en retrait pour quelques temps, à très bientôt.

 

Ce n’est pas un petit rien, merci

Classé dans : 365 petits riens | 6

J’ai vu la fumée, entre Pertuis et Cucuron, le Grand Luberon en train de prendre feu et plus j’approchais, plus je savais que c’était chez moi, Ces photos, je n’aurai jamais voulu les prendre.

J’ai éclaté en sanglot en voyant mon hameau avec  le feu derrière lui et j’ai pleuré à chaque fois que je regardais dans mon objectif,  ceci n’est pas un petit rien. C’est un témoignage, et toute ma reconnaissance envers les pilotes et les pompiers qui ont empêché que le feu passe la crête. Merci à vous, je sais que la nuit a été longue en enfer, à la tombée de la nuit, les canadairs et les dash ont arrêté leurs rotations, un hélico à pris leur place, ce matin, un odeur âcre de brulé envahi la campagne, le vent semble s’être un peu calmé mais jusqu’à quand ? il reste un peu de fumée, et moi hébétée j’attends, dans une reconnaissance absolue envers les 500 pompiers qui ont combattu, les bénévoles de CCFF de mon village et des villages voisins. Merci.

 

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I am a Barbie girl

Classé dans : 365 petits riens | 2
Hiya Barbie
Hi Ken!
Do you want to go for a ride?
Sure Ken
Jump in
I’m a Barbie girl, in a Barbie world
Life in plastic, it’s fantastic
You can brush my hair, undress me everywhere
Imagination, life is your creation
Come on Barbie, let’s go party

 

 

Un aller retour à la station essence pour faire le plein, et je n’ai pu résister ….

 

La Barbie Curvy.

 

 

Pourquoi me direz vous ? Je suis de la génération Barbie, de ces filles à qui on a insufflé le goût de la liberté, Barbie était pilote d’avion, cosmonaute, médecin … avec Barbie on pouvait tout faire .. sauf une chose, …. lui ressembler .. et là dans sa boite de plastique, une Barbie brune, à la poitrine normale et un peu forte des cuisses, avec un popotin conséquent.

 

Elle m’a appelé …. Et savez vous pourquoi ?

 

 

Parce qu’encore de nos jours, les gens dénigrent l’obésité, ils ont honte des gens gros quand ils font partie de leur famille, car ça fait désordre dans les relations très chics qu’ils ont pu enfin établir, même s’ils sont eux même des minables ou se moquent d’eux allêgrement quand ce sont des étrangers.

Parce qu’encore de nos jours, un gros, c’est quelqu’un qui devrait arrêter de manger, c’est quelqu’un qui ne prends pas soin de lui, ne fait pas de sport et n’est pas présentable partout et en tout lieu.

Alors à tous ces cons, ces gros et petits cons,  je leur dit, là par écrit et je leur dirais un jour en face … personne n’est à l’abri, non personne. Une petite glande, un petit gène (que souvent ils ont eux aussi, la roue tourne ….), une maladie, et même une simple dépression dont ils sont souvent la cause,  un traitement médicamenteux, une petite hormone et c’est votre vie qui bascule.

 

Dans tous les cas, je la trouve très belle ma Barbie.

 

 

Mon père disait, lui même enrobé …

Quand les gros seront maigres, les maigres ne seront plus……

 

 

 

rty!

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Ils veulent tuer les rêves

Classé dans : 365 petits riens | 7

La Sainte Victoire se cache dans un épais manteau lugubre, lugubre et triste comme mes pensées en ce matin sinistre.  « Ich bin ein berliner » ces mots prononcés en 1963 par JF Kennedy à Berlin Ouest en pleine guerre froide… ces mots qui se scandent sur tous les réseaux sociaux en soutien à l’Allemagne meurtrie, prennent un sens inhabituel.

J’ai bien peur que cela ne cesse jamais, que le monde soit condamné à vivre dans une perpétuelle menace de quelques fanatiques d’un Dieu qui n’existe que dans leurs délires enfiévrés d’une hégémonie totale.

Je n’ai pas de mot, pas de solution si ce n’est qu’aujourd’hui je sais que nos enfants sont des enfants, les leurs des combattants, nos religions sont folklore, les leurs idéologie , nos femmes sont libres, les leurs enchaînées, nos cultures ne sont que diversité, la leur peuplée de séides …. Alors je vais rester debout avec les autres, tous ces chrétiens, ces musulmans, ces juifs, ces athées, ces agnostiques, mes frères qui ne veulent plus de ça et qui eux savent que tous les hommes naissent libres et égaux.

Les corbeaux noirs ont envahi la brume.

 

 

Le déluge du vendredi

Classé dans : 365 petits riens | 3

Depuis hier, il fait nuit même en plein jour ….. alerte orange, rouge écarlate, le ciel est sombre et noir …. il pleut … il pleut sans discontinuer, la couleur essaye de transpercer le noir et blanc qui figent le paysage, dans un deuil effrayant ….. c’est bien l’automne et sa cohorte de petits riens par lesquels nous savons qu’il est bien là. J’avais oublié qu’il pouvait venir, et pourtant … il se prépare au Sahmain … et les vignes vierges s’emparent des cyprès en des guirlandes de Noël totalement improbables.

Paul s’en est allé, il rejoint mon père, dieu seul sait où, si dieu existe. Et moi hébétée par la nouvelle, j’encaisse la nouvelle, comme un coup de poing,  il rejoint sa cohorte de copains sur un banc du « Sénat », un banc qui les attend, sous une vigne rouge,  on ne sait où, et sur lequel ils s’assiéront tous, dissertant de la vie, de tout, s’engueuleront sur la politique, leurs idées aux extrèmes les unes des autres. J’ai mal à mon enfance, ils s’en vont tous inexorablement .. sans que l’on ne puisse rien faire pour les retenir, parce que c’est la vie.

 

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Je suis ….

Classé dans : 365 petits riens | 3

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Enragée

Je ne suis plus triste, je ne prie pas, je ne pleure pas, je suis juste enragée.

Une guerre c’est quand on peut se défendre, nous ne sommes que des pigeons d’argile.

 

Honorin des Prés de Belle Etoile

Classé dans : 365 petits riens | 12

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Sa majesté Honorin 1er

198?-2016

Adieu mon vieux, tu me manques déjà.

 

 

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